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| ARTICLE du 15/09/2008 09:34:27 Bataille du Matz (9 au 12 juin 1918) |
Le Plan contre Paris
Le grand Etat-major allemand n’a jamais perdu de vue les conceptions stratégiques de Sculieffen sur le double enveloppement et l’écrasement de l’adversaire. En cherchant à ramasser les effectifs de tous les secteurs pour une bataille sur Paris, les Allemands semblent vouloir acculer le gros de toutes nos troupes nécessairement obligées de défendre la capitale à subir quelques batailles comme à Tannenberg. « Hindenburg et Ludendorff n’ont jamais songé, dit la Gazette de Francfort du 4 juin à mener une guerre géographique ; leur but est toujours d’affaiblir l’armée ennemie et de l’anéantir. » Les batailles de Picardie et du Chemin-des-Dames leur ayant procuré des avantages certains : un formidable croissant menaçe maintenant Paris de ses deux pointes Château-Thierry et Montdidier.
Une entreprise unique contre Paris ne peut se faire qu’en partant du débouché de ses forêts ; or, les Allemands ne les tiennent pas, leur front est concave. Ludendorff va chercher à le rendre rectiligne en poussant sa ligne Noyon-Soissons vers la ligne Compiègne-Villers Cotterest; en opérant par les deux ailes, il espère encercler nos forces du centre.
C’est par Compiègne que l’assaut doit commencer. La 18ème armée Von Hutier est chargée de l’exécution du plan de Ludendorff. L’objectif est bien Compiègne qui doit-être enlevé en quarante-huit heures. Un document allemand en fait état « Compiègne sera tourné à l’Ouest par le 51ème régiment, à L’Est par le 10ème Grenadier ; » On fait miroiter aux troupes de la Garde, l’espoir d’un pillage dans un pays riche ; le général Finck Von Stein (4ème division de la garde) dit au 5ème grenadier « derrière le premier objectif, c’est Paris. La division se montrera digne de son glorieux passé. Aus nach Paris ! »
La poche de Ressons (9 juin)
Ce ne fut pas une attaque de surprise ; cette entreprise de von Hutier était si nettement dans la logique des prévisions que notre Etat-major avait pris ses mesures. Von Hutier dispose de 14 divisions (170 000 hommes)sur 35 kms entre le Sud de Montdidier et le Sud de Noyon).
Le 9 juin, bien avant l’aube un déluge préparatoire d’obus toxiques s’abat sur nos lignes avant et arrière. Mais notre armée est prête ; dès 11h30, un feu vif de notre artillerie tombe sur les rassemblements d’assaut allemands qu’il éprouve sérieusement. A 4h30 du matin, l’infanterie ennemie part pour l’attaque en colonnes beaucoup plus denses vers la dépression centrale du Matz que sur les bords des plateaux latéraux.
Nos troupes déploient beaucoup plus d’héroïsme et ne cèdent que progressivement. Notre aile gauche recule à peine sur Rubescourt, le Frétoy, Mortemer, notre aile droite recule un peu plus et cède les premières pentes du Massif de Lassigny pour gagner la ligne Connectancourt-Belval. C’est au centre que l’enfoncement s’est produit dans la dépression sous le poids de 60 000 hommes d’attaque dont une division de chasseurs revenus d’Italie et la 4ème division de la garde. Nous avons du reculer de 7 kms jusqu’au Sud de Ressons-sur-Matz et de Mareuil-Lamotto. Von Hutier cherche immédiatement pendant la nuit à exploiter ce succès du centre en élargissant les bords de la poche. Il gagne les bois de Ressons et le Sud de Cuvilly mais Oetinger échoue sur notre gauche devant Courcelles ; par contre Hoffmann sur notre droite s’empare du plateau de Bellinglise et prend pied dans la forêt de Thiescourt.
La chute du massif de Lassigny (10 juin)
La journée du 10 juin, von Hutier remporte ses succès au centre et à droite sur un terrain coupé avec des pentes abruptes impropres à l’utilisation de feux d’artillerie ce qui permet à l’ennemi des infiltrations et des mouvements de surprise d’autant plus, qu’il est supérieur en nombre. Von Huiter, dès le matin reçoit des divisions nouvelles qu’il lance à corps perdu le long du Matz au Sud-est, sur le plateau de Belloy au Sud-ouest. Notre résistance est héroïque et extrêmement acharnée. Nous ne cédons le plateau de Mery-Belloy Saint Sauveur qu’aux prix de pertes énormes subies par les troupes allemandes mais à droite Hoffmann obtient un succès important ; le massif de Lassigny tombe et il entraîne dans sa chute celle du saillant de Carlepont-Mont-de-Choisy sur la rive est de l’Oise. L’infiltration et le nombre l’emportent sur l’héroïsme. La veille les cavaliers qui gardaient le Plémont ayant été assaillis quatorze fois, grâce aux cheminements, les troupes allemandes se glissent dans les creux isolant les ilots de résistance. Il nous faut nous replier mais l’ennemi force nos lignes successives. Le massif nous échappant des mains, dans la nuit, nous sommes obligés de reporter nos lignes sur le Matz inférieur. Mais ce qui devait arriver arrive. Après avoir tâté vainement le saillant de Carlepont quelques jours avant son offensive l’ennemi prend à revers les hauteurs du massif de Lassigny qu’i vient de conquérir.
Contre-attaque de flanc de Mangin (11 juin)
Le 10 juin, poursuivant sa série de succès, van Hutier s’empare de Méry en fin de journée en gagnant du terrain sur le plateau du Nord-Ouest de Mouchy. Des combats acharnés se livrent sur des fermes qui couronnent ce secteur. Submergeant nos positions, le flot allemand, grossi de nouvelles réserves nous a même rejetés sur l’Aronde.
Mais dans ce secteur, faisant toujours preuve d’esprit offensif, le général Mangin qui défend l’Aronde et la voie ferrée de Montdidier à Estrées-Saint-Denis, ordonne une contre-attaque. Méry est la clef de la résistance : véritable observatoire d’où l’on peut battre le couloir de Matz qui draine les ravitaillements de l’ennemi. Il faut donc reprendre Méry. A 5 heures, nos troupes se glissent dans les blés et les chasseurs atteignent les vergers puis reprennent le village. A 10 heures du soir nos obus massacrent les rassemblements allemands.
Pendant ce temps, von Hutier ignorant la menace qui le guette, poursuit sa poussée vers l’Aronde qui est rejetée brillamment jusqu’au Sud de Belloy de Saint-Maur et de Marquéglise. Or l’heure de notre contre-attaque n’a pas encore sonné.
Elle sonne le lendemain 11 juin à onze heures du matin. La conquête de Méry va en effet permettre au général Mangin de surprendre l’ennemi par une concentration d’effectifs suivie d’un assaut. Avec des troupes de Sénégalais qu’il dirige admirablement, il lance son attaque de flanc sur 12 kilomètres entre Rubescourt et Saint-Maur. Grâce à l’appui de nombreux chars d’assaut et d’un feu d’artillerie exactement réglé, pleins d’élan, nous reprenons les abords Sud du Frétoy, enlevons le plateau entre Courcelles et Mortemer, poussons à 2 Kms au-delà de Méry pour reprendre le bois de Genlis pour nous retrouver aux lisières de Saint-Maur. Un millier de prisonniers, 19 canons dont 11 lourds sont entre nos mains.
Combats du Soissonnais (12 juin)
Digérant difficilement la contre-attaque victorieuse de Mangin, l’Etat-major allemand veut sa revanche. A l’improviste, le 12 juin, il attaque dans l’avancée orientale entre les forêts de Villers-Cotterest et de Compiègne. Attaques secondaires à Vingré et à Corcy et très forte attaque centrale sur 12 kms entre Fontenoy et la ferme de Vertefeuille. Sur ce point Von Boehm lance trois divisions après un tir violent d’obus toxiques sur nos batteries et d’obus explosifs sur nos fantassins. En lignes très denses (un régiment de lignes en profondeur), l’ennemi parvint à midi à Laversine et à Cutry, puis sur les pentes de la côte 162 au-delà de Dommiers. ; à 16 heures, les bavarois atteignirent le ravin de Coeuvres. Des ordres saisis prouvent que l’Etat-major prétendait être à Pierrefonds le 2ème jour alors qu’en réalité il ne parvint qu’à Coeuvres et Saint-Pierre d’Aigle où il a subi de lourdes pertes pendant que les 13 et 14, son artillerie resta immobile et l’infanterie ralentit son tir. Par contre le 15, une vive contre-attaque française nous rendit Coeuvres sans pertes.
C’est ainsi que jusqu’au 25 juin, l’ennemi croyant à une riposte française garda une densité de 5 batteries et demi au kilomètre puis desserra son dispositif. Jugeant le moment propice, le 28 juin nous en profitâmes pour lui reprendre le plateau de Cutry dans une attaque brillante et rapide qui nous donna en une heure 1350 prisonniers et 119 mitrailleuses entraînant l’anéantissement de deux divisions.
Combats de Reims (18 juin)
Huiter venant d’échouer sur le Matz, Von Boehm ayant subi le même sort au ravin de Coeuvres et à Cutry, Fritz von Below va tenter de prendre Reims par une attaque concentrique. En effet, les positions allemandes par Vrigny, Tinqueux, le Sud de Neuvilette et de Bétheny et le Nord du fort de la Pompelle enveloppent la ville. Le 18 juin, à 6 heures du soir, un feu violent d’artillerie tombe sur nos positions d’où part immédiatement une contre-préparation. A 9 heures, trois divisions s’élancent et sont reçues par nos feux de défense. Arrêté net et décimé par nos vaillantes troupes coloniales, l’ennemi rejoint ses tranchées de départ.
A partir de ce moment l’accalmie est générale achevant ainsi la campagne du printemps. le 19 juin, l’Etat-major allemand fit le compte de ses gains, annonçant la capture depuis le 21 mars de 208 000 prisonniers et de 2 500 canons. Mais nous savions que Ludendorff avait fait pousser 330 divisions sur le champ de bataille et que si des avantages territoriaux et matériels avaient incontestablement été obtenus, le front d’attaque ennemi était de plus en plus restreint/, chaque offensive était endiguée de plus en plus vite et que l’épuisement gagnant les troupes la confiance en la victoire s’amenuisait dans les milieux les plus divers de l’opinion allemande choquée par l’attitude Von Kübhlamm pour avoir dit au Reichstag que les armes seules étaient impuissantes à terminer la guerre. Parallèlement nous savions que le 4 juillet, jour anniversaire de l’indépendance, 1 019 115 soldats américains étaient sur le sol de France et que 650 000 d’entre eux combattaient déjà dans nos rangs, communiant dans l’espérance de victoires prochaines.
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| ARTICLE du 15/09/2008 09:46:39 Bataille de Champagne (15 au 17 juillet 1918) |
Que veut vraiment l’ennemi ?
Entraîné dans l’offensive par la nécessité d’en finir rapidement plus que par la certitude d’une supériorité militaire incontestée, l’Etat-major allemand voyait la victoire décisive lui échapper. A chaque poussée des masses d’attaque, les forces alliées se reconstituent toujours au fond des poches creusées par les assauts : la décision d’attaquer restait en suspends. Serait-elle-même possible si le flot de l’Entente continuait à s’augmenter de 10 000 américains. Au plus vite, il fallait vaincre le plus tôt possible.
Cependant le temps trahit l’Etat-major allemand qui le 21 mars, Ludendorff accusait une supériorité de 500 000 hommes alors que Foch dispose maintenant de 600 000 combattants américains, jeunes, forts et enthousiastes : évènement capital qui reste soigneusment caché aux troupes allemandes dont les pertes sont lourdes et dont la déception serait grande si elles étaient renseignées.
Mais que veut donc l’ennemi ? Ni Amiens, ni Calais, ni Chalons, ni Paris mais surtout la destruction des troupes alliées. Le premier ébranlement qui était le plus puissant n’a pas donné les résultats espérés ; une série de coups successifs ont créé des poches qu’il convient d’exploiter par d’autres assauts. La vérité est là ; la bataille de Picardie le 21 mars a blessé la France jusqu’à Montdidier, la bataille de la Lys le 9 avril, l’a atteinte jusqu’à Bailleul, la bataille du Chemin-des-Dames, le 27 mai lui a laissé une très forte blessure jusqu’à Château-Thierry, enfin la bataille du Matz le 9 juin lui a donné un coup sensible mais trop vite paré pour être grave. Le sang de la France a coulé. Mais cette France qu’on ne peut vaincre est debout, toujours ardente et forte et voilà qu’on accourt à son aide. Où, l’Allemagne va-t-elle donner le coup suprême?.
Le plan d’attaque allemand
Ludendorff a choisi la Champagne. Son but est de nous rompre en direction de Chalons, de couper nos armées de l’Est des armées de l’Ouest, d’investir le camp retranché de Verdun puis de se retourner contre les armées de l’Ouest et de les pousser sur Paris par une large manœuvre concentrique. Montdidier, Villers Cotterest, Esternay-la-Seine, telle devrait être dans son esprit l’exploitation stratégique de la victoire.
Trois de ses armées seront d’abord chargées des premières opérations tactiques : van Boem sur la Marne ; deux autres sous les ordres supérieurs du Kronprinz impérial ; celle de van Mudra que l’offensive du 27 mai avait fait pivoter autour de Reims jusqu’à la Marne ; celle de van Einem depuis longtemps en Champagne. La grande ville de Reims agenouillée entre la France envahie et la France en armes dressait ses ruines et sa cathédrale mutilée au centre et dans l’angle du vaste champ de bataille. Le plan tactique se lit sur la carte. Il s’agissait de tourner par l’Est et le Sud-ouest la montagne de Reims qui est le bastion puissant de la défense française, posé entre la Champagne et l’Ile-de-France. S’il le tourne, l’ennemi atteint Chalons. Les documents pris nous disent que Montmirail et Epernay devaient être occupés le premier jour et Chalons à 8 heures du soir. La journée du 15 juillet, le front d’attaque des deux armées à 80 Kms entre Château-Thierry et la Main de Massiges devrait voir en première ligne 170 000 hommes à l’ouest de Reims et 170 000 à l’est avec un effectif équivalent en seconde ligne.
La méthode d’attaque repose sur l’organisation en profondeur des divisions d’assaut avec deux régiments en première ligne et un en soutien pour exploiter sans arrêt tout succès local : préparation violente mais courte destinée à neutraliser les batteries adverses par l’emploi intensif d’obus à gaz ; déluge d’obus de tous calibres sur les arrières puis ruée de vagues successives précédées d’un barrage roulant très dense et du tir nourri de mitrailleuses lourdes en positions ; destruction de nids de résistance pour les dernières vagues et les tanks. Pendant un mois, tout l’Etat-major avait chaque nuit préparé la bataille par un travail intense avec les pionniers qui réparaient les routes, construisaient des ponceaux ayant trouvé le moyen d’amortir tous les bruits; ainsi le jour venu rien n'était révélé.
Le plan de défense français
Fort heureusement notre commandement était bien renseigné. . Le secteur de Champagne avait été transformé en forteresse par la 4ème armée du général Gouraud qui, le 7 juillet, avait dit à ses troupes : « Nous pouvons être attaqués d’un moment à l’autre. Vous sentez tous que jamais une bataille défensive n’aura été engagée dans des conditions plus favorables. Nous sommes prévenus et sommes sur nos gardes. Vous combattrez sur le terrain que vous avez transformé par votre travail et votre opiniâtreté en une forteresse redoutable. Le bombardement sera terrible. Vous le supporterez sans faillir. L’assaut sera rude dans un nuage de fumée, de poussière et de gaz, mais votre position et votre armement sont formidables. Cet assaut, vous le briserez et ce sera un beau jour ».
Le camouflage des préparatifs de l’ennemi était si complet, qu’on finissait par lire ses intentions à travers son silence. Le 10 juillet, on était sûr de l’attaque prochaine ; enfin on sut que le 14 au matin, toutes les troupes allemandes avaient touché leurs vivres et dans la nuit même de l’attaque, une reconnaissance de 37 hommes fut capturée ; l’assaut était imminent.
Il faut savoir que notre plan de défense établi par Pétain, Maistre et Gouraud et approuvé par Foch, consistait à ne laisser que sur la ligne avancée trop exposée, que de petits postes d’hommes résolus et sacrifiés d’avance et chargés d’avertir l’armée ; en arrière, un glacis puis plus en arrière encore, une ligne de réduits protégés par des réseaux barbelés, ligne qui allait arrêter l’ennemi pendant trois heures et causer sa perte.
Une bataille victorieuse (16 juillet)
A minuit 10, le 16 juillet, le bombardement d’une violence extraordinaire est déclenché. Dès 11 heures, Paris est réveillé par le bruit de notre contre-préparation qui a précédé le tir allemand ; on distingue même l’embrasement de l’horizon. Jusqu’à 16h30, ce fut la lutte des deux artilleries crachant des obus toxiques et fumigènes de tous calibres. Puis vint l’assaut général excepté autour de Reims. Notre défense fut admirable. Sur tous les points, on tint avec une énergie farouche pour retenir et dissocier l’ennemi.
Sur un front de 40 kms qui courent du fort de la Ppompelle à la Main de Massiges, à travers les plaines dénudées de la Champagne crayeuse sur les croupes dévastées, la Garde, les Poméraniens, et les Bavarois furent écrasés. Dans la région des Monts, tirant comme à la cible, nos troupes firent un carnage. Du Blanc-Mont où ils se trouvaient, Guillaume et Ludendorff virent s’écrouler leur rêve.
Animées d’un cran magique, les meilleures de nos unités avaient formé des petites garnisons dans des abris bétonnés, constituant ainsi un chapelet d’îlots de résistance. L’ennemi ne prit pied que sur le Massif de Moronvilliers, bien que faisant quelques progrès devant Prunay ne réussit nulle part à atteindre la voie romaine qui court en avant de nos lignes. Dès l’après-midi, la bataille fléchit ; brisé net, l’élan de l’ennemi s’est éteint. Gouraud a perdu 5000 hommes mais van Einem plus de 40 000. Le soir, acclamé par nos troupes Gouraud leur dit : « Vous avez le droit d’être fiers, héroïques fantassins et mitrailleurs des avant-postes qui avez signalé l’attaque et l’avez dissociée, aviateurs qui l’avez survolée, bataillons et batteries qui l’avez rompue, états-majors qui avez préparé ce champ de bataille. C’est une belle journée pour la France»
Van Boehn passe la Marne (18 juillet)
Sur la Marne, van Boehm se propose de traverser la rivière et de pousser vivement au Sud jusqu’à Montmirail. Sous la protection d’une puissante artillerie ; il peut jeter des ponts entre Dormans et Château-Thierry, non sans pires difficultés notamment la rupture de 2 d'entre eux couverts de troupes sous le feu de nos avions. Au Sud de Jaulgonne, les américains ne cèdent qu’après un barrage de dix heures. L’ennemi passe et occupa Reuilly et Courthiésy tandis qu’il est rejeté à Fossoy au prix de 1500 prisonniers dont un Etat-major de brigade. Ses pertes en tués et blessés furent énormes ; d’ailleurs un message pris était significatif : «Le passage de la Marne est un enfer ».Devant Epernay et les pentes de la Montagne de Reims, il est vrai que l’offensive allemande piétine.
La nuit est calme, mais le matin du 16 un violent orage se déchaîne. Au Sud de la Marne, l’ennemi n’ayant pu atteindre tous ses objectifs se trouvant ainsi dans une position étroite et dangereuse, tente de s’élargir. C’est la journée d’Epernay. Tout son effort se porte en direction de cette ville par les deux rives de la Marne. Mais cette attaque prête le flanc à notre riposte afin de rejeter notre adversaire à la rivière. Au prix d’énormes sacrifices van Boehm nous rejette sur Oeuilly-Leuvrigny, tandis qu’au nord, van Mudra n’atteint que la ligne de Reuil-sur-Marne. Mais pris de flanc au sud de la Marne, van Boehm est battu à Saint-Aignan la Chapelle et rejeté au delà de la crête boisée. Quant à Einem, il attaque partout sans résultat sauf à Prunay où il atteint la route. En réalité toute l’offensive ennemie piétine toujours.
La journée du 17 juillet est la journée des contre-attaques françaises. Luderdoff élargit ses tentatives en direction d’Epernay mais se heurte à notre défense très agressive qui brise son élan. Nous agissons aussi énergiquement de Montvoisin à Saint-Aignan. Bien qu’il accuse le chiffre de 18 000 prisonniers, en réalité l’ennemi a essuyé des échecs répétés sur une ligne de 80 kms.
Le 2 août Luderdoff avouait enfin à un correspondant de guerre « Le plan de notre offensive du 15 juillet, n’a pas cette fois réussi au point de vue stratégique ; il nous faut rendre hommage au généralissime français ». Sans commentaires !
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| ARTICLE du 15/09/2008 10:04:37 Seconde victoire de la Marne (18 juillet au 4 août 1918) |
La conception française
L’Etat-major allemand ayant depuis le 21 mars obtenu des succès incontestables, et rejeté les armées alliées jusqu’aux portes d’Hazebrouck, d’Amiens, de Compiègne et de Meaux, les croyait très affaiblies et obligées de se masser autour de Paris en coupant à Chalons leur armée en leur centre. Il paraissait possible à Ludendorff de manœuvrer en vue d’un vaste Tannenberg par l’est et l’ouest de la capitale. Mais, avec sa science approfondie de la stratégie, Foch avait prévu ce point faible, c'est-à-dire le flanc découvert du Valois, et conçut immédiatement un plan général : tandis que Gouraud et Berthelot tiendraient à coup sûr en Champagne, une masse d’attaque avec Mangin, Degoutte attaquerait le flanc face à l’Est, la poche allemande de Tardenois.
En réalité, l’Etat-major allié attendait son heure depuis le printemps. Pour Foch, l’appoint décisif américain constituait l’évènement. Mais il convenait d’attendre l’occasion favorable : une partie de nos forces, revinrent d’Italie, l’armée anglaise se reconstitua complètement, , notre programme de matériel se réalisa avec projectiles à gaz, chars d’assaut légers et avions de bombardement. Brusquement, à la mi-juillet, le flanc découvert se présenta. Foch, grand stratège, plein d’énergie, d’imagination et de feu et Pétain, grand tacticien, prudent, froid et juste, allaient se servir de la faute de Ludendorff, renverser la situation et s’emparer de l’initiative.
Si l’on se rappelle de la direction de toutes les batailles françaises, on remarquera que depuis 1914, elles sont toutes engagées face à l’Est. L’erreur capitale de l’Allemagne en violant la neutralité belge et en marchant sur Paris, lui vaudra sa défaite finale. L’Angleterre entrée en ligne pour venger la Belgique et sauver sa propre liberté ne peut attaquer l’Allemagne que face à l’Est. Ludendorff que l’on croyait homme de guerre n’a lui aussi rien compris : il a été arrêté sur l’Avre par Debeney en avril, avant d’être paralysé en juin sur le plateau de Mery… mais qu’à cela ne tienne, il continue à faire croire à la presse allemande et à croire lui-même que Foch n’a plus de réserves. Or c’est à ce moment même que derrière la place d’Armes du Valois, à l’abri des forêts, nos réserves se massent, les divisions américaines arrivent, notre matériel nouveau de Tanks se groupe et que Mangin va bondir comme un lion sur l’ennemi en sommeil. A cette date mémorable la situation de l’armée française se présente ainsi. Le chef d’Etat-major est le général Buat qui a remplacé le général Antoine. Trois groupes d’armées : à l’Ouest, Fayolle, au centre Maistre, à L’Est Castelnau, sont prêts au combat.
Dans le secteur où va préluder la victoire française, nos armées enserrent une large et profonde poche allemande dont le fond est sur la Marne. Cette poche est occupée par les deux armées de van Mudra et de Boehm. C’est là qu’au Nord la 10ème armée de Mangin tient un secteur de 25 kms entre l’Aisne et l’Ourcq tandis que la 6ème armée de Degoutte tient au Sud le secteur d’entre Ourcq et Marne. De plus, ardentes et l’arme au pied, quatre divisions américaines sont partagées entre ces deux armées..
Mangin fonce sur le plateau (18 juillet)
A Paris, Clémenceau connait seul les projets de Foch et de Pétain et l’heure de l’assaut. Fixée d’abord le 12, la date est retardée suite à l’imminence de l’offensive allemande en Champagne nécessitant une nouvelle répartition des forces. Troupes, tanks et artillerie sont en masse rassemblés à l’abri du massif forestier. La dernière nuit du 17 au 18, un violent orage camoufle les préparatifs suprêmes. Avec une grande rapidité, les renforts arrivent à pied d’œuvre le général Mangin ayant placé les troupes américaines en son centre. C’est la fin de la nuit, tout est calme.
Soudain à 4 h 35, au signal convenu, un barrage terrible : une trombe éclate et s’avance lentement vers l’Est, suivie immédiatement par l’infanterie. Celle-ci, contourne la corne boisée des hauteurs de Dommiers et débouche sur le plateau ; au Sud, en chantant, elle franchit les marécages et le ravin de la Savières et débouche également sur le plateau. Alors les chars d’assaut arrivent en nombre imposant et prennent la tête. Devant un ennemi stupéfait, la progression est rapide ; surprise, l’artillerie allemande reste silencieuse. Dans le profond ravin de Saconin, nous nous emparons d’une quantité de canons lourds et légers. Ayant jeté leurs vareuses, les Américains foncent sur l’ennemi avec une ardeur admirable.
Mangin qui a son poste de commandement au pied d’un hêtre, suit le vol de la victoire avec sa lorgnette. Les villages tombent. A 10 heures, l’armée tient Fontenoy, le plateau de Pernant, Vaux et la crête au Sud de Mercin, Chaudun, Vierzy, Villiers-Hélon et les bois à l’Est de Savières. Pendant que nos soldats foulent les belles moissons du Soissonnais on voit défiler les feldgrauens prisonniers à travers les champs de blé ; même des officiers sont capturés dans leur lit et des soldats au moment où ils fauchaient les seigles. D’autres conquêtes suivent : Belleau, Givry etc..Partout, nos pertes sont très légères ; par contre notre butin en prisonniers et matériel est considérable. C’est l'aube d'une autre bataille. .
Degoutte reprend Château-Thierry (21 juillet)
Surpris, l’ennemi, doit, pour faire face à ce coup magistral de Foch, lâcher prise de Reims à Château Thierry. Berthelot arrache à van Mudra les bois de Courton et le moulin de L’Ardre puis reprend Montvoisin à van Boehm qui se replie jusqu’aux lisières d’Oeuilly.
Ludendorff qui avait prévu et préparé pour fin juillet une offensive sur Ypres et la Bassée, confié à cet effet des réserves au Kronprinz de Bavière ayant senti le danger qui le menace dans le Soissonnais. Disposant de 140 000 hommes entre Aisne et Marne, mobilisant trains et camions, il décide d’en prendre 80 OOO pour couvrir le flanc menacé.
Peine perdu car le 19 juillet, Mangin rejette les premières de ces réserves et avance sur les plateaux qui dominent Soissons, dépasse Vierzy, conquiert Neuilly-Saint-Front pendant que Degoutte s’empare de Licy-Clignon. Or, l’armée de Mitry, au sud de la marne n’attend que cette occasion pour faire pression sur les quelques divisions de van Boehm qui, le 16, ont imprudemment franchi la rivière entre Dormans et Fossoy. Il est vrai que leur situation est impossible : la seule grande route qui vient du Nord est celle de Soissons-Château-Thierry et la seule voie ferrée ne s’exploite encore que jusqu’à Fère-en-Tardenois ce qui est insuffisant pour le ravitaillement d’une armée en vivres et en munitions. La grande route était déjà battue au Nord par notre artillerie qui tenait également sous son feu le raccordement de Missy-sur-Aisne. Si la poche elle-même était en danger, son fond l’était plus encore. La Chapelle-Monthodon et Saint Agnan avaient été repris et l’artillerie allemande n’avait pas quitté la rive nord. Le 19, les hommes manquent de vivres, sur la rivière, les passerelles sont souvent détruites et voilà que les troupes anglaises de Berthelot attaquent en flanc sur Courcy-Marfaux. Le repli s’imposait ; van Boehm s’y prépara sous nos obus qui toute la nuit arrosèrent les passerelles ; bien que l’ennemi masquait son repli par des nuages de fumée, notre artillerie et nos avions lui infligèrent des pertes considérables. Comme le général Moltke en 1914, Ludendorff abandonnait la Marne.
A l’aube du 20 juillet, Mitry borde la rivière. L’ennemi résiste opiniâtrement entre Aisne et Marne. Bien qu’il ait reçu beaucoup de renforts, nous arrachons du terrain à van Boehm et sommes le soir sur la ligne Ploisy-Parcy-Tigny-Saint-Rémy-Blanzy-Rozet-Saint-Albin-Priez et Nord-est de Courchamps. De l’autre côté de la Poche Berthelot, faisant pression en sens inverse avance difficilement dans le bois de Courton, dans la vallée de l’Arde et vers Saint-Euphraise. Par contre notre butin est considérable, atteignant en trois jours 20 000 prisonniers et 400 camions. L’étreinte de Foch est puissante ! il ne laissera pas la victoire lui échapper. Le 21 juillet, les pas glorieux des soldats alliés ne s’arrêtent plus. Déjà les Américains ont pris pied sur les plateaux d’Etrepilly coinçant ainsi les troupes allemandes qui occupent Château-Thierry. « Poste avancé de la Champagne et tour de guet de l’Ile-de-France » selon l’expression d’un géographe, Château-Thierry est à la pointe d’un angle. Van Boehm qui a perdu Vaux et la côte 204, clef de la ville a décidé de l’abandonner dans la nuit du 20 au 21. A l’aube du dimanche21 juillet, les troupes de Degoutte entraient dans Château-Thierry et de concert avec les troupes de Mitry, rejetaient les Allemands à 7 kms sur Bézu et Mont-Saint-Père.La résistance allemande s'ffondre sur le plateau d’Hartennes.
La lutte est de plus en plus dure en cette journée de dimanche sur le front de l’armée Mangin. Van Boehm réagissant avec un effectif de 230 000 hommes, nous tient en échec. Van Boehm se cramponne à ses deux piliers qui sont Soissons et Oulchy-le-Château. De son côté Foch renouvelle à Mangin les ordres qu’il prescrivait lui même à ses troupes : « attaquez, attaquez ; on attaque et on gagne ! ». De son côté, Berthelot, avec ses troupes françaises, britanniques et italiennes se bat avec acharnement : enlève Sainte-Euphraise et Bouilly, dispute Marfaux à van Mudra. La menace sur les flancs des deux poches grandit chaque jour.
La situation change à peine le 22 juillet lorsque l’ennemi installe son artillerie lourde et s’efforce d’organiser une position. Le lendemain 23, la 7ème armée du général Boehm réussit à refouler nos attaques au parc de Buzancy et à Taux sur la grande route. Nos tanks écrasent les défenses de van Wàtter vers Tigny, Taux et Villemontoire ; celles de van Wiockler à Armentières ; celles de van Schoeller et de van Kathen au bois de Châtelet. Sur tout le front notre aviation est d’une activité extrême. Du 15 au 22, 445 tonnes d’explosifs sont jetés par les avions français et anglais et 271 avions ennemis sont abattus pendant que les Anglais attaquent sans discontinuer les villes du Rhin;
Après la journée calme le 24, le 25, nous reprenons Villemontoire, et nous emparons d’Oulchy-la Ville, d’Oulchy-le Château et Cugny. Toutes les mitrailleuses sont ainsi réduites au silence et nous nous trouvons sur la route au milieu d’une campagne presque intacte, sans fils de fer, sans tranchées, sans abris. Seules les moissons magnifiques : blés, seigles et avoines ondulent sur les larges plateaux, sous un soleil ardent qui achève de les mûrir pour la France.
La poussée convergente française
S’accentuant les jours suivants, la poussée convergente sur les trois côtés du fond de la poche va tendre complètement à la résorber. Depuis le 24 à midi, Degoutte prends position dans la forêt de Fère ; de Mitry dans la forêt de Ris ; Berthelot, sur la côte 240 près de Vrigny. C’est ici, que l’on constate les énormes pertes de l’ennemi : chemins, bois et ravins sont encombrés de cadavres : entre Cierges et Coulonges, la route de Fismes reste bloquée pendant onze heures par un entassement de convois et de régiments sous le feu incessant de nos avions ; la forêt de Ris est un charnier.
Et la retraite allemande continue. Depuis plusieurs jours, Ludendorff a senti le péril car on voit qu’il a renforcé immédiatement les deux attaches des bords de la poche c'est-à-dire les plateaux à cheval sur la Crise à l’Ouest et les hauteurs de Vrigny à l’Est. Sûr de résister au moins le temps nécessaire à l’évacuation de la tête de pont de la Marne, l’Etat-major s’inquiète de la ténacité de Mangin car c’est là que réside le danger : le Kronprinz dispose de 400 000 hommes dans la poche dont 70 000 sont au centre en réserve. Puisque la fameuse manœuvre de Chalons, prélude de la marche concentrique mach Paris, a échoué devant la magnifique résistance de Gouraud et que la faute stratégique du flanc découvert a été sur le champ exploitée par Foch, le plan de l’Etat-major allemand s’écroule ; il n’y a plus qu’à rompre.
Ludendorff donne l’ordre de retraite (26 juillet)
Résigné, l’ennemi fait retraiter ses plus mauvaises troupes. Pour lui, ses meilleures sont la Garde et ses nombreuses mitrailleuses avec un renfort d’artillerie de campagne ; le tout protégé par un barrage d’artillerie lourde. Mais les cordons de ravitaillement et d’évacuation peu nombreux s’allongent, pilonnés par notre artillerie avec nos avions qui ne manquent pas de harceler les arrières et les flancs précipitant cette retraite qui s’effectue en deux étapes dont la première s’arrêtera sur la ligne Soissons-Hartennes-et bois Meunières.
Poursuivant leurs manœuvres nos armées progressent partout ; le 26, Berthelot est à Reuil sis au nord de Port-à-Binson ; depuis la veille, Gouraud a pris la Main-de-Massiges avec 200 mitrailleuses, 7 canons et 1100 hommes ; de Mitry a passé la Marne sur les 10 kms tenus encore par l’ennemi à Verneuil ; le 26 au soir, nous talonnons les arrière-gardes allemandes à Passy, Grigny, Courmont et Villeneuve-sur-Fère.
Mangin ne bouge pas ; il attend devant la Crise depuis le 19, que l’avance de Degoutte et de Mitry ait formé angle avec son front Nord-Sud. Les 28 et 29, peu à peu, cet angle se dessine car Degoutte atteint les sources de l’Ourcq et dépasse la forêt de Ris à Champvoisy. Ici, il faut pourtant manœuvrer car sur sa ligne de retraite la résistance allemande s’affirme soutenue par d’excellentes troupes. Des combats violents vont se livrer jusqu’au 31 autour de Fère. Les Américains de l’armée Degoutte s’y couvrent de gloire et finissent par faire lâcher prise aux divisions de la Garde et de la Bavaroise.
Pour nous, le but à atteindre est l’enlèvement des crêtes de la rive Nord de l’Ourcq. Or sur notre droite s’allonge une croupe boisée qui va du sud au nord des bois Meunière à Dravegny ; grâce à ce débordement du bois Meunière, nous finissons par occuper les hauteurs. Dans sa retraite, l’ennemi a abandonné d’énormes quantités de munitions qui bordent les routes forestières. Sergy et Rorchières sont enlevés le 29, ce qui va permettre à Mangin de forcer le plateau d’Hartennes ; au Nord, la 15ème division écossaise a, le 30 enlevé le château et le parc de Buzancy, charnières de Soissons et Grand-Rozoy tombe au Sud.
Seconde victoire de la Marne (4 août )
Le 1er Août enregistre une poussée générale ; Mangin, vise les croupes de la Crise, Degoutte le couloir de Coulonges entre la forêt de Nesles et le bois Meunière, de Mitry vise Ville-en-Tardenois et Berthelot la vallée de l’Ardre. Mais il faut que la ligne d’arrêt intermédiaire des Allemands saute. Mangin enlève le plateau de la côte 205 au-delà de Grand-Rosoy et de Beugneux, touchant ainsi à la source de la Crise. Degoutte emporte Cierges et le bois Meunière, arrivant de son côté à la source de l’Orillon. De Mitry s’empare de Romigny après un violent combat. Dès le lendemain enfin tout s’écroule. Ce jour du 6 août, l’ennemi est obligé d’abandonner sa position d’Hartennes d’où Mangin descend vers la Crise.
Débordée, la ville de Soissons tombe ; à 6 heurs du soir, les chasseurs du général Vuillemot y pénètrent et refoulent les arrière-gardes jusqu’au faubourg Saint-Vaast. Mangin franchit la crise au crépuscule, Degoutte pénètre dans le bois de Dôlel, de Mitry dépasse Coulonges et prend Goussancourt Villers-Argon et Ville-en-Tardenois, nous parvenons à Vézilly et à Lhéry et sans tarder Berthelot se donne de l’air autour de Reims et s'empare de Gueux et de Thillois.
C’est la victoire ; talonné par notre cavalerie, l’ennemi s’échappe partout vers la Vesle. Les Américains poussent sur Fismes où nous bordons la Vesle, puis l’Aisne le 3 août au soir ; le lendemain, la Vesle est atteinte et même franchie par des patrouilles vers Muizon. Nos éléments légers, les jours suivants passent la Vesle et tiennent le contact. Ici l’ennemi vaincu se retranche sur des positions toutes provisoires ayant l’Aisne à dos.
Ce renversement de la situation est prodigieux. Avec ce succès grandissant, Foch et son esprit d’initiative sème partout l’ardeur et la foi. Du coup, le moral des troupes se trouve atteint d’un haut degré de fierté et de force. En même temps c’est toute la France qui se redresse et acclame son vainqueur qui, le 6 août a bien mérité son bâton de Maréchal que vient de lui décerner lnotre gouvernement.
Paris dégagé, Soissons et Château-Thierry reconquis, plus de 700 villages libérés, 35 000 prisonniers, 700 canons capturés, tel est le magnifique bilan des armées alliées qui d’un seul élan viennent de remporter cette seconde victoire de la Marne. |
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| ARTICLE du 23/09/2008 08:50:09 Victoire de Santerre (8 au 22 août 1918) |
Foch et son plan dans le Santerre
Après la bataille qui vient de le ramener sur la Vesle, malgré ses renforts de 850 000 hommes l’armée allemande commence à donner des signes d’épuisement. Maintenant que sa tenaille qui cherchait à enserrer l’Ile de France est brisée, se trouvant très affaiblie elle est obligée de puiser dans ses réserves pour se reconstituer.
Pour Foch, l’occasion semble bonne d’aller de l’avant. Il se rappelle dans quelles conditions les lignes s’étaient stabilisées au fond et sur les bords de la poche de Montdidier. Sur la ligne occidentale notre première armée (général Debenay) dominait sur tous le front. Disposant d’une rivière au milieu de marécages et de tourbières, van Huiter se maintenaient encore sur le plateau de Rouvrel-Grivesne en vue de tenir sous son feu la voie ferrée de Paris. Mais devant lui, depuis trois mois Debenay ne perd pas de temps. Après s’être successivement emparé du bois de Sénécat, du parc de Grivesnes, de Cantigny, du bois Billot et de la ferme Anchin, grâce aux chars d’assaut, dès le 23 juillet, il conquiert Mailly-Raineval, Sauvillers, et Aubvillers faisant au passage 1500 prisonniers.
Ainsi harcelé, van Hutier se résigne finalement à reculer derrière l’Avre. En liaison avec van Huiter, à la tête de la 11ème armée allemande, van der Marwitz se trouve dans la même situation défavorable sur la rive occidentale de l’Ancre face à la 4ème armée britannique du général Rawlinson. Les relèves s’avérant de plus en plus difficile dans ce secteur, le 1er août, Marwitz abandonne sa première ligne sur une douzaine de kilomètres au sud d’Albert et se replie sur la rive occidentale.
Le secret du mécanisme de l’attaque
Décidant d’attaquer, le maréchal Foch place les deux armées de Rawlinson et Debeney sous les ordres du maréchal Douglas Haig et comme l’effet de surprise doit-être le premier élément du succès, les préparatifs du mouvement s’effectuent secrètement en 3 nuits. Les troupes d’assaut françaises, canadiennes, australiennes et britanniques déjouant les observations de l’aviation ennemie arrivent à pied d’œuvre dans la nuit du 7 au 8 août.
La région de Sancerre qu’elles vont attaquer est un vaste plateau couvert de riches moissons de blé et d’avoine coupé de ravins et de bouquets d’arbres où se trouvent 72 000 hommes de l’armée de Marwitz entre l’Ancre et la Luce tandis que Hutier dispose de 3500 hommes entre Luce et Braches. C’est ce front de 34 kilomètres que Rawlinson et Debeney comptent prendre. Rawlinson doit prendre la tête du mouvement appuyé au Sud par Debeney trois quarts d’heure plus tard avec barrage roulant, tanks, gros chars d’assaut, nombreux tendeurs ravitailleurs et une masse impressionnante d’artillerie de tous calibres qui, pour sauter sue les points d’appui attendront l’artillerie de Debenay.
La bataille (8 août)
La nuit s’achève. A 4h3O, Rawlinson ouvre la bataille dans un fracas de bombardement qui dure 3 minutes. Les barrages des canons de campagne et les mortiers de tranchées s’avancent lentement tandis que l’artillerie lourde concentre ses efforts sur les endroits supposés résistants. Si, dans la vallée de la Somme et avant notre attaque, les Allemands ont bien déclenché un barrage, en revanche sur toute la ligne c’est la surprise : nous franchissons nos premiers objectifs sans réaction de l’artillerie ennemie. Surpris, van der Marwitz et tous ses régiments (90 000 hommes) sont rejetés et poussés au loin.
Parallèlement, l’ébranlement gagne de proche en proche les bords de l’Avre. Après un lourd bombardement de 45 minutes, comme prévu, Debenay passe à l’attaque. A 5h05, la première vague française bondit sur 4 kms entre la Luce et l’Avre, ensuite l’attaque se déclenche peu à peu vers le Sud et fait tomber le saillant d’Hailles.
Sur l’Avre, les détachements d’assaut courent sur les passerelles devançant les tanks qui, sous les acclamations de nos troupes franchissent les ponts déjà consolidés. Par contre, van Hutier ne croyant pas être attaqué encore à fond n’utilise qu’une partie de ses 35 000 combattants et s’il a résisté à Morlancourt devant Rawlinson, il a perdu Cerisy sur la Somme alors que nous sommes maîtres d’Harbonnières jusqu’à Plessier. Poursuivant l’ennemi jusqu’à Vauvillers, la 1ère division de cavalerie voit une de ses brigades ramasser 700 prisonniers, un Etat-major de division, un hôpital de campagne, un train de 400 permissionnaires.
N’étant pas en reste, Rawlinson a fait 700 prisonniers et pris 100 canons alors qu’une division de Debeney enlevait 2000 hommes et 70 canons, mais en perdant 87 tués et 350 blessés. « L’armé est au chef ce que l’épée est au soldat, écrivait Foch avant la guerre ; elle ne vaut que par l’impulsion qu’il lui imprime.»
Prise de Rosière (9 août)
La bataille de Santerre est victorieusement déclenchée. Comme aux grandes manœuvres, les troupes au moral excellent poursuivent l’ennemi. Les explosions des dépôts de munitions se succèdent sans interruption alors que nos avions mitraillent les régiments qui fuient vers l’Est. C’est un matériel considérable qui tombe entre nos mains. De plus, à eux seuls nos alliés australiens on fait 5000 prisonniers. Dans cette même journée Debeney enlève Hangest et Arvillers ; Rawlinson s’empare de Rainecourt, Rosières et Beaufort ; de plus pour ses deux armées, le maréchal Haig dénombre 24 000 prisonniers et la prise de 300 canons, un grand parc de génie avec une grande quantité de munitions.
Prise de Montdidier (10 août)
Même après l’engagement de la bataille, dans ses manœuvres et pour semer le doute chez l’ennemi, Foch n’hésite pas à changer brusquement le schéma primitif de la bataille. Cette journée du 10 août va durement frapper l’adversaire par l’effet de surprise lié à l’évènement.
Pour tenter de résister aux deux armées de Douglas Haig qui progressent en direction de Chaulnes et de Roye, Ludendorff dispose en ligne de 60 OOO hommes de troupes fraîches, puisés dans ses réserves. De tous bords, la bataille fait rage : Rawlinson avance sur la Somme, prend Morlancourt où la résistance allemande a été forte et au sud de la rivière, progressant rapidement il atteint le front Proyart-Lihons-Chilly-Fouquescourt-Parvillers ; Debenay s’est emparé de Guerbigny, Erches et occupe la ligne Andechy-Etelfay. Maintenant, peu à peu, la bataille gagnant vers le Sud, le front s’allume vers Montdidier où la poche allemande s’est transformée en pointe par suite du terrain reconquis au Nord de Lihons et Etelfey. L’ennemi se défend avec acharnement autour de Montdidier mais notre manœuvre finira par le dominer. Par contre, au nord de la ville, l’Avre a été franchie au prix de difficultés, un pont a été démoli vingt-trois fois ; c’est sous un feu nourri que nos bataillons ont passé l’eau et les tourbières ; sur les pentes du plateau de Santerre, l’ennemi s’accroche avec des mitrailleuses. Et tandis que se livrent ces combats très durs, l’aile droite de l’armée Debeney part d’Ayencourt, Domelieu, le Frétoy et le Ployron et progresse vers Faverolles. Mais on voit que l’aile gauche s’est avancée vers elle sur Etelfay. Cette manœuvre convergente aboutit à encercler la ville de Montdidier, complètement anéantie.
Humbert ce 10 août tombe dans le dos de l’ennemi
Désigné par Foch, Humbert est prêt à bondir dans le dos de l’armée allemande. Sa 3ème armée établie entre Courcelles et Chevincourt attend son heure. Camions de ravitaillement, pièces de campagne, artillerie, infanterie et chars d’assaut attendent l’ordre de partir en tête. Soudain à 4h20, tout s’ébranle. L’armée avance protégée par le dôme mouvant des feux de barrage. Bien qu’averti, l’ennemi stupéfait devant notre rapidité réclame par fusées des tirs qui restent inefficaces.
A 8 heures, nos chars d’assaut rentrent à Ressons-sur-Matz et nettoient le bois de Ressons. Avant 11 heures, Mortemer, Orvillers, Sorel, Lataule, Cuvilly, Marquéglise et Margny-sur-Matztombent entre nos mains. Un grand nombre de canons de tous calibres sont capturés dans le bois de Séchelles. Les chars d’assaut écrasent les mitrailleuses qui, à Cuvilly tirent de tous côtés. Nous n’en restons pas là ; l’après-midi notre marche se poursuit vers le massif de Boulogne-la-Grasse. Montrant jusqu’ici une activité inconnue, en 24 heures notre aviation lance 120 tonnes de projectiles en abattant 71 appareils. De plus, elle fait bombarder Lassigny par une escadrille de 12O avions.
L’ennemi résiste mais à quel prix !
Notre manœuvre va maintenant consister à relever l’aile droite de l’Avre et résister au centre aux contre-attaques des Allemands vers Roye-Chaulnes pendant que nous progresserons lentement de part et d’autre de la Somme. Van Huiter et van der Marwist rejetés sur l’ancien front fortifié occupé d’octobre 1914 à mars 1917 ayant reçu l’ordre de couvrir Lassigny, Roye et Chaulnes le plus longtemps possible reçoivent des régiments de divisions fraîches : 10 000 hommes jetés sur Roye le 11 août, le lendemain 10 000 renforcent ces derniers, le 14, 12.000 poussent vers Damery. Si tous ces combats livrés les 11, 12 et 13 août sont peu importants c'est que nous nous trouvons en présence d’une guerre de mouvement qui ne nous empêche pas d’avancer. Rawlinson a dépassé Méricourt, s’est emparé de Proyart et résiste autour de Chaulnes aux contre-attaques de Huiter. Plus au Sud, c’est la poche de Santerre qui se vide comme vient de le faire celle du Tardenois. Avançant vers Roye, Rawlinson s’est établi à Saint-Aurin, Armancourt et à Tilloloy.
A la date du 13 août, les pertes allemandes sont impressionnantes : 32000 prisonniers dont 8 commandants de régiments, 650 canons, plusieurs milliers de mitrailleuses etc.. Pour l’heure, un vent de pessimisme ébranle l’Allemagne pendant que son armée s’enterre dans les anciennes tranchées de Lassigny et de Roye pour s’y réorganiser.
Humbert maître du massif de Lassigny (22 août)
Formant un demi-cercle au sud et à l’ouest du massif de Lassigny, l’armée du général Humbert tend son aile gauche vers Roye, un important centre routier que l’armée allemande tient comme une araignée sur sa toile qui s’accroche sur cet énorme massif de Lassigny surnommé « La petite Suisse », obstacle qu’il nous faudra contourner et franchir en même temps.
De son côté, Rawlinson lance ses Canadiens pour défendre Damery et Parvillers. Au sud du massif, Humbert s’empare de Ribécourt ; le 15, il prend pied sur le plateau de l’Ecouvillon et occupe la ferme Attiche avant d’enlever le Bois des loges. Au sud de Roye, malgré une vive résistance, Debeney prend Goyencourt et c’est maintenant tout le plateau de Lassigny qui est entre nos mains. Poursuivant son débordement le 21 au matin, l’armée Humbert attaque et déborde Lassigny qui tombe. Le soir, la 70ème armée prend le Plémont et Thiescourt alors que sa cavalerie passe la Divette et atteint Cuy. Enfin, le lendemain, « La petite Suisse » est tout à fait conquise et nous bordons la Divette.
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| ARTICLE du 28/09/2008 16:36:08 La victoire de l'Ailette (20 au 22 août 1918) |
Ludendorff fait face
Menacée à l’intérieur du demi-cercle Chaulnes-Roye-Noyon, l’armée allemande ne va plus tenir longtemps l’Etoile de Roye. Mais pour Ludendorff, aux ailes extérieures de ce demi-cercle, la situation semble meilleure car il y tient ces secteurs qui lui paraissent plus calmes : au Nord, des bords de l Ancre à Bray-sur-Somme et Chaulnes ; au Sud, entre l’Oise vers Ribécourt et l’Aisne vers Fontenoy. Ayant cru bon de nommer van Boehm commandant du groupe d’armées entre Somme et Aisne, Ludendorff se croit sûr de préparer sa retraite en toute sécurité tout en gardant sa liberté de mouvement lorsque tout à coup, devant l’armée de van Eben qui tient les plateaux d’entre Oise et Aisne, un branlement de combat se manifeste, c’est Mangin qui bouge.
Van Eben s’organise en profondeur
Le 15 août, Mongin, constatant qu’entre Audignicourt et Morsain, l’ennemi s’échelonnait en profondeur, décide d’en profiter. Le 16 août, à 5 heures du matin en un clin d’œil il attaque et s’empare d’une position autour d’Autrèches ; sur sa lancée, le lendemain à 6 heures du soir il donne l’assaut sur 10 kms en progressant de 2 Kms, nos troupes font 2000 prisonniers tout en perdant 60 tués et 300 blessés. Ce faisant, nous rapprochons ainsi de la première ligne de van Eben dont il faut savoir que l’organisation de sa défense en profondeur était la suivante :
1° une zone avancée, (ligne de surveillance, non occupée le jour, puis une ligne d’arrêt devant laquelle se fait le barrage d’artillerie, plus une ligne de résistance) ; 2° une zone de bataille (ligne de surveillance, ligne de résistance et ligne de couverture d’artillerie) ; 3° une zone arrière de même disposition.
En face, le 19 août au soir, le général Mangin tenait une ligne Bailly-Tracy-le-Val, l’ouest de Nampc, Audignicourt, Vassens, Morsin, Nouvron, Vingré et Fontenoy.
Victoire de l’Ailette (20-22 juillet )
Nanti d’une volonté de fer, Mangin saisit toute la portée de l’opération qu’il va tenter et ne néglige rien dans la préparation de l’attaque. La soirée et toute la nuit, notre artillerie lance une pluie d’obus de tous calibres sur les zones défensives ennemies. Par un temps couvert, alors que l’aube se lève, le grand moment est arrivé. A 7 heure 10, avec une foi irrésistible, notre armée bondit. Avant 9 heures, les premiers résultats sont excellents. A environ 4 kms de Fontenoy Tartiers est déjà pris ; au centre nous accédons au plateau d’Audignicourt ; à gauche, nous nous rendons maîtres de Lombray et Blérancourdelle tandis qu’à l’extrême gauche, malgré une résistance acharnée, l’ennemi recule vers Ourscamps. Au cours de ces manœuvres nous faisons 8000 prisonniers.
Alors que le temps s’éclaircit, nos avions couvrent le ciel où nous n’observons aucun appareil ennemi. Le soir, près de Cuts, nous enlevons le mont de Choisy qui domine la route de Noyon.
Après une nuit calme, le combat reprend à l’aube du 21 août. Cuts est pris, perdu et repris. Blérancourt est enlevé à l’issu d’un dur combat. Sur la route de Noyon entre Sampigny et Pontoise, un raid atteint l’Oise et fait tomber les bois de Carlepont et d’Ourscamps en menaçant à revers et de l’autre côté de l’Oise, le reste du massif de Lassigny qu’Humbert va occuper en bordant la Divette. La manœuvre a été habile et fructueuse. Inlassable, Mangin poursuit sa route ; le soir du 21, il fait une conversion à droite et toutes les positions de repli de van Eden tombent en dépit d’un barrage intensif des mitrailleuses qui arrose la route de Noyon à Coucy.
Mais le matin du 22 août, d’un même élan, nos troupes culbutent la 1ère division bavaroise accourue à la rescousse et dans l’après midi bordent l’Oise jusqu’à Quierzy. Sur la droite, vers midi, nous occupions la croupe à l’Est de Pommiers, au Nord on atteint Bayeux et plus loin contournons Pont-Saint-Mard. Ainsi, depuis trois jours, au lieu de faire face au Nord, pivotant sur l’Aisne, le front de l’armée dessine une conversion face à l’Est. Le soir, après avoir pris Monicamp et Quiercy, Mangin borde le canal de l’Ailette à Guny et prend la station de Juvigny et le plateau entre Cuffies et Pasly.
Partant de là, la lutte devient très dure, l’ennemi engage de nombreuses réserves, contre attaque sans relâche en s’efforçant de nous arracher le terrain que nous conquérons pied à pied car l’enjeu est important, il s’agit du puissant massif de Saint-Gobain, l’une des clefs du front occidental, qui met l’Etat-major allemand dans une situation extrêmement pénible car il doit désormais compter avec notre menace qui au centre, pointe le massif de Saint-Gobain, à l’Est vise le Chemin des Dames et à l’Ouest par delà l’Oise, surveille de près les arrières de Van Hutier.
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